Anéantissement intérieur

 

 

 

 

 

                 Lorsque Marie-Madeleine Davy se levait et commençait à parler, on entendait l’éloquence pure : elle était inspirée par le Saint-Esprit. C’était une parole vraie et profonde, celle d’un être humain qui se mettait à nu devant vous. Cela donnait un discours incantatoire qui vous prenait aux tripes, vous élevait, vous transmettait son inquiétude. Sa recherche ne vous laissait pas indemne et vous obligeait à ne plus vous occuper que de l’essentiel. On en sortait troublé et tremblant, souvent complètement converti en un instant. Sa parole transformatrice vous élevait vers les hauteurs, car elle témoignait d’une Présence Ardente.

Marie-Madeleine en a révélé le secret en l’attribuant à Louis Massignon, l’historien du Soufi Al Hallâj. " Il m’a taraudée, bouleversée… Quand il parlait, tout d’un coup il se retirait, il s’anéantissait. L’Eternel le traversait. On en sortait brûlé … Massignon était brûlé par le soleil de Dieu, irradié par le soleil de l’Eternel ". Ainsi en a-t-il été avec M-M. Davy tous les jours de 77 ans à 93 ans.

L’intériorité.
C’est la descente au fond de soi-même ou l’appel du dedans. Habitare secum comme le demandait Grégoire le Grand, alors que Saint-Benoît parlait du mystère du dedans. Etre à l’écoute au-dedans de soi. La voie de l’intériorité est remplie de méandres et d’illusions. " Tu étais au dedans de moi et je te cherchais dans les beautés de ta création ", St.Augustin. Le fond secret de l’âme n’est connu que par les amis du mystère.

L’appel du désert.
Le désert m’a séduit. Qu’est-ce que le désert ? Une terre de feu, un domaine sans piste. Il faut y chercher les symboles, signes d’une Présence absente.

Le désert n’est pas un lieu, ni un espace, c’est le fond de nous-mêmes, le fond intemporel, le point d’éternité que chacun porte en lui.

Le silence.
Le désert s’apparente au silence. La seule voie conduisant à la réalité suprême est celle du silence. Le silence exprime le vide et le vide est silencieux. Il faut toujours être à l’écoute au-dedans de soi.

La nudité.
La nudité est requise pour pénétrer dans le mystérieux fond des fonds. Il faut éviter le cœur dur, durci et endurci, disait Bernard de Clairvaux.

La liberté. Celui qui répond à l’appel du dedans est devenu libre. Je dois me tenir dans un état de liberté.

L’Absolu.
Celui qui a éprouvé la morsure de l’absolu sait de connaissance certaine qu’il lui est impossible de lui échapper. Depuis ma petite enfance, j’ai été happée par la recherche de l’Absolu et cela involontairement. J’ai consenti à la séduction de l’Absolu.

La solitude.
Le voyage intérieur est un voyage de solitaire. On ne peut parler de sa démarche à personne. On avance en pleine mer, pas de trace derrière soi, pas de chemin tracé devant. J’aime profondément la solitude. O beata solitudo, o sola beatitudo, St.Bruno le Chartreux. L’homme essentiel est toujours seul. Pas de rencontre de l’Absolu sans solitude, pas de solitude sans esseulement. Seule et solitaire. La solitude se mérite, elle ne se partage pas. La solitude enseigne l’importance du silence, du secret et du mystère. Solitude bien-aimée tu changes la lumière de la lune en lumière solaire.

J’ai aimé très tôt la solitude. J’ai épousé la solitude comme d’autres prennent un compagnon de route. J’ai une clôture translucide dans un amour partagé avec l’Absolu. Je suis endolorie de solitude. J’aurais souhaité mieux savoir exprimer mon amour pour la solitude, lui prouver ma gratitude, la célébrer sur le mode d’hymnes, de louanges. Elle seule donne accès à la chambre des Trésors. Elle est mon initiateur, mon véritable maître spirituel.

Le dépouillement.
Il faut se délivrer des idoles pour aller vers la vraie divinité de dépouillements en dépouillements. Il faut jeûner du monde, passer par des dépouillements successifs. Je pensais qu’il fallait des sacrifices et des holocaustes, c’était une erreur. Il ne faut pas quitter les êtres, mais quitter sa vanité, sa bêtise, son moi-égo. Les choses tombent d’elles-mêmes comme la peau du serpent. L’Absolu ne brûle que des écorces. Il n’y a pas de renoncement, les choses quittent d’elles-mêmes.

L’Homme de Lumière.
Comment se vêtir de soleil ? Comment devenir solaire ? Le cœur de l’homme doit être orienté vers la Clarté. Tout homme est lumineux en son fond. La présence d’un Etre de Lumière vous éclaire et vous illumine, non par lui-même, mais par l’éblouissante fulgurance qui le traverse. Il ne faut pas adorer sa personne, ce serait de l’idolâtrie. La vénération doit s’adresser à ce qui le traverse.

Le Transpersonnel.
Pourquoi avoir peur de la dimension impersonnelle ? Il faut y plonger. On peut la dire transpersonnelle ou métapersonnelle. La déité est au-delà de l’être et de la personne.