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04/10/2010

L'HOMME DECERVELE...

 

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L’homme décervelé…

 

 

                                 Je me devais de rendre un hommage au 100.000 me visiteur de mon blog « Vieillegarde », visiteur inconnu bien entendu, comme le soldat… J’espère que ce curieux quidam, venu consulter mon blog dans la nuit du  2au 3 octobre 2010, y a trouvé de quoi alimenter sa curiosité.. ? 

 

Et pour cela , quoi de mieux que de pondre un texte, mais il faut un peu d’inspiration et un sujet de démarrage… C’est dans une lecture faite il y a quelques semaines que mon imagination a fait tilt, car cette hypothèse m’avait fortement frappé…  Dans un essai édité en 1972 «  La puissance et la fragilité », le professeur Jean Hamburger disait qu’avec les moyens techniques de la médecine moderne, on pourrait aller récupérer un guillotiné, le brancher de tous les côtés, et le faire vivre comme ça presque indéfiniment…. Un acharnement thérapeutique perpétuel en somme…

 

Cela m’a amené métaphoriquement bien sur à faire un rapprochement avec les millions de gens atteints de la maladie d’Alzheimer, et que l’on arrive à faire vivre littéralement « sans tête », décervelés, tels, comme l’a dit un neurologue dans « L’Eclipse » : «  des cadavres ambulants »…. Ce mystère extraordinaire me préoccupe personnellement au plus au point, vivant moi-même 24 H / 24 aux côtés d’une personne dont la mémoire a plongé inexorablement dans le brouillard d’abord, puis dans la nuit la plus profonde… Cette calamité qui semble devenir universelle, et qui est sans remède connu, a eu au moins le mérite de ramener notre orgueilleuse classe médicale à un peu plus d’humilité… pour la première fois à l’âge de 75 ans, j’ai entendu un médecin me dire «  monsieur nous sommes impuissants, mais nous allons tout faire pour soulager le ou la malade et aider son entourage »….

 

Sur ces entrefaites,  quelqu’un me prête un livre de Jacques Vauclair «  L’intelligence de l’animal »… Au fur et à mesure de la lecture de cet essai, je m’excuses du terme, mais j’en suis « tombé sur le cul », car la démonstration générale de l’auteur est de prouver que l’homme n’est qu’un animal  intelligent parmi tous les autres… L’homo sapiens se serait tout juste un peu mieux adapté que les autres animaux à son environnement…. La « carte cognitive » de l’être humain ne serait en somme, qu’un circuit imprimé de rat ou de chimpanzé avec quelques « puces » de plus… Faire « TABLE RASE » de la conscience, de la mémoire, de la capacité d’invention et d’imagination,  de la recherche obstinée depuis des millénaires de cosmologies tenant la route et aussi et surtout de l’interrogation ancestrale et primordiale du pourquoi de la mort…., c’est presque mettre au vide-ordure Confucius, Bouddha, Socrate,  Jésus, Erasme…. , et toutes les pensées géniales depuis des millénaires…, et ouvrir l’avenir de nos descendants sur un nouveau « paradigme » inspiré des bonobos

 

En entrecroisant ces diverses sources , on en arrive presque à penser que, paraphrasant le célèbre poète et le non moins célèbre chanteur «  l’individu alzheimérien est l’avenir de l’homme » …

 

 Assez éprouvé par ces lectures émanant de hautes sommités universitaires, têtes chercheuses par excellence de la société post-industrielle, et fascinées par la cognition animale,  je suis allé faire quelques incursions sur Internet… Dés le départ, je suis assez abasourdi, on trouve 1.800.000 sites en posant « intelligence humaine » et 700.000 sites en posant « intelligence animale »…, encore quelques années et les chiffres vont s’inverser… C’est « ben vrai » que les humains ont fait de sacrées conneries dans tous les domaines depuis quelques siècles, mais z’enfin, de là, à voir toutes nos grosses têtes de docteurs   es-sciences se désintéresser de l’hominien, seul possesseur connu à ce jour d’une conscience, pour prouver que tous les humanoïdes  ne sont munis que d’outils sexuels et sont strictement égaux en capacités intellectuelles ( voir : la machine à décerveler, stratégie pédagogique, votre cousin le chimpanzé, … )  Tous ces fameux « chercheurs », payés par nos impôts, sont presque parvenus à exposer scientifiquement des théories infra-humaines , presque dignes du «  Meilleur des Mondes » et de «  L’homme nouveau » si cher aux bolcheviques adeptes du lavage de cerveau…

 

Quel bonheur ça serait pour les tyrans et les politiciens en général que d’avoir à gouverner des citoyens décervelés, juste assez éduqués avec les « stratégies pédagogiques »  issues de l’observation des chimpanzés… Quoique déjà, en ce début de XXI me siècle, en particulier dans les pays occidentaux, une grande majorité d’individus fonctionnent uniquement par les impératifs de la mode et des slogans médiatiques…et ne sont mus que par l’appât du gain et les soit-disant  plaisirs que procure l’argent… Christiane Singer, dans «  Ou cours-tu » en donne une presque explication : « que manque-t-il donc à toutes ces superbes réalisations techniques, conçues académiquement pour le bonheur des petits, des grands, des vieux, des bancals et des crochus, mais qui génèrent des violences, des vandalismes, des révoltes… Oui, que manque-t-il ? Il n’y manque que l’amour, la foi, la naïveté… ! »

 

Toutes ces digressions avec, en toile de fond, la souffrance incommensurable de millions de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, ou accompagnant des êtres humains de toutes catégories sociales, raciales, philosophiques ou religieuses, pour simplement dire, que les hommes et les femmes des derniers siècles sont assurément allés trop loin dans la mécanisation forcenée des activités humaines et la nécessité de cadences d’exécution infernales dépassant totalement les capacités physiques et intellectuelles des homo sapiens… Mécanisation forcenée approuvée par une majorité d’hommes afin d’atteindre le bonheur matérialiste promis par les utopistes dites progressistes du dix-huitième siècle, mais ce bonheur matérialiste est proche de l’entropie et de l’explosion… à moins que… l’homme se rappelant qu’il a une conscience et de vieilles traditions spirituelles, condescende à vivre plus simplement et à son rythme… Peut-être qu’alors, les cerveaux affolés et déboussolés des systèmes nerveux centraux, rétablis dans un  tempo naturel, conserveront jusqu’à l’extrême vieillesse, assez de neurones actifs pour vivre confortablement

 

A Gaillac le : 4 octobre 2010    

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

26/07/2010

Fluidité de la conscience perdue...

 

Andrée Noel 2009 mo.JPG

Ta mort est déjà visible

Elle est assise et tient ses mains l'une sur l'autre

Si seulement tu pouvais  la regarder de face

Mais tu sors au balcon pour admirer la chasteté des lunes

Tu ne peux pas te compromettre

Tu ne peux faire que la volonté des arbres...

                            de salah stétié

Voir : http://www.canalacademie.com/ida5209-Serge-Rezvani-accomp...

24/01/2010

VIEILLESSE

automne vieillesse.JPG

Vieillesse…

 

 

On peut dire tout ce que l’on veut de la vieillesse, mais ça vaut mieux que d’être mort… »

                                               Stephen Leakock

 

J’adore les définitions du Petit Larousse, les rédacteurs des définitions  sont dignes de Stephen Leacock : « Vieillesse » 1 /  Le fait pour un organisme d’être vieux… 2 / Le dernier âge de la vie… 3 / Ancienneté : la vieillesse améliore certains vins… Et la définition de « vieux » est à la limite de l’ostracisme : 1 / Avancé en âge : un vieil homme, une pauvre vieille, les vieilles gens… 2/ Mon vieux, ma vieille pour mon père, ma mère….   La seule position existentielle réconfortante serait de naître Saint-émilion  ou Gevrey-Chambertin… !!

 

La vision moderne de la vieillesse la plus bouleversante que j’ai jamais vu , sa décrépitude et son mode de traitement, c’est le film de Shohei Imamura «  La ballade de Narayama »… Tout y est réuni et exposé, la déchéance, la violence, l’amour, le sacrifice, la tendresse, la beauté, la souffrance…. Tout ce qui fait l’ordinaire des êtres humains vieillissants, partout dans le monde…

 

Au moment ou j’écris ces lignes, je vois poindre, dans quelques jours, l’espèce de barrière fatidique préconisée par les manuels de gérontologie, pour placer le curseur « vieillesse » : soixante-quinze ans…. Et je m’étonne chaque jour d’être encore en vie, malgré la douzaine d’occasions ou j’aurais du mourir de mort violente, et le fait que mon organisme, du haut jusqu’en bas, ne soit atteint d’aucunes lacunes dégénératives ou invalidantes, bien que je n’ai pas mené une vie très sage… Hérédité… chance… don de la nature… je penche plutôt pour une grâce divine… Quoiqu’en dise les «  spécialistes », les « nutritionnistes », et tous les « istes patentés supposés améliorer la race humaine », il y a bien là, une espèce de loterie… et c’est bien mieux comme ça… !!

 

En ce début de XXI me siècle, en particulier dans les pays occidentaux riches, on voir apparaître une véritable faune de vieux et de vieilles complètement ravagés par la modernité et l’illusion du « jeunisme »… On ne dit plus d’ailleurs, des « vieux », mais il faut dire, avec un sourire en coin, comme les présentateurs de télévision, des «  seniors »… Mais il y a aussi la vieuserie  qui clopine, qui gémit, qui tousse, qui crachote, qui se fait charcuter, qui se chimiothérapise, … Et aussi les vieillards et vieillardes qui gueuletonnent, picolent, dansent, sortent, qui se grisent de voyages et de gadgets,  qui se bourrent de DHEA et de viagra, tout ça pour annihiler leur profond désespoir…  Il faut aller dans les pays dits sous-développés pour trouver encore des vieux et des  vieilles sereins et dignes,  conscients de vivre leurs derniers jours et en profitant pleinement… 

 

Les aléas de la vie font aussi que des individus, sans crier gare, basculent dans un autre univers, oublient ce qu’ils ont fait la veille,  ne savent plus ou ils sont, et petit à petit ne reconnaissent plus leurs proches… pas la peine de préciser le vocable médical pour savoir de quoi il s’agit…

 

 

 

Quand un être cher

Côtoyé depuis cinquante ans

S’en va…

Il est là pourtant

Mais il n’est pas là…

Son corps est là, il bouge

Mais son âme s’est échappée…

OU… ?

 

                      Pour le partenaire, moi-même en l’occurrence, c’est presque aborder l’univers de la métamorphose de Kafka, on a beau essayer de comprendre, de faire des rapprochements, des analogies entre ce que vous dit votre conjoint et des choses réelles, on ne peut pas se mettre à la portée de la personne que vous aimez et qui est passé dans un autre mode de pensée…. C’est une grande souffrance morale, incommensurable, permanente, et même si on offre cette souffrance à Dieu, en offrande pour la personne qui a basculé de l’autre côté du miroir, on reste dubitatif et interloqué….

 

               Seule Simone Weil m’a apporté un petit bout de réponse : « l’homme à qui pareille chose arrive, n’ a aucune part à cette opération . Il se débat comme un papillon épinglé vivant… Mais il peut, à travers le malheur, continuer à vouloir aimer… »    ( Simone Weil « Attente de Dieu » )

 

               On est assez loin de la barbe fleurie de Charlemagne…, et de la représentation idyllique du pépé fumant sa pipe dans son fauteuil, à côté de la mémé béate tricotant des chaussettes,   et entourés d’une nuée de bambins et d’enfants d’une sagesse exemplaire…. Ce qui est plus courant en ce début de XXI me siècle , c’est le fameux « papi » perplexe devant son ordinateur et demandant des conseils à ses petits enfants….

 

               L’avant dernière étape avant l’ultime et parfaite solution de la disparition corps et biens…, n’est pas toujours facile, mais comme pour les précédentes étapes de la vie, il faut absolument s’adapter aux circonstances, et la providence fait le reste…

 

« Ivan Illitch aspira une bouffée d’air, s’arrêta à mi-souffle, étira ses membres et mourut. »

                                   Léon Tolstoï « La mort d’Ivan Illitch »

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