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29/12/2005

ENTRACTE

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28/12/2005

Voeux

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19/12/2005

Troisième dimension


              J’avais beau me hisser sur la pointe des pieds, mettre mes mains en visière, écarquiller les yeux, tendre l’oreille, faire le silence au-dedans de moi-même, je ne voyais rien, je n’entendais rien, je ne percevais rien. Bizarre quand même, cette classe d’école avait l’air encore vivante et bruyante, sans faire un gros effort de mémoire, on entendait un gamin ânonner quelques syllabes exemplaires, une craie crissait sur le tableau noir animée par la main nerveuse d’une jeune institutrice, une gamine levait la main  «  m’dame, je sais » , dans un coin un petit garçon préparait une pile de livres pour les distribuer, prés de la fenêtre un futur poète regardait la cime des arbres ou un groupe d’oiseaux s’égosillant, deux filles penchées l’une vers l’autre se racontaient des secrets en surveillant les mouvements de la maîtresse, un grand dadais au fond de la classe soulevait son pupitre pour admirer un couteau échangé le matin même, partout sur les murs des cartes de géographie , des gravures, des images, un grand panneau chiffré…..Mais rien, pas trace de vie, pas de bruit, pas de mouvements , rien , le silence total : une mauvaise fée avait fait disparaître les élèves en jetant un mauvais sort sur le hameau ….
             En faisant le tour du bâtiment , sur la porte d’entrée un avis était placardé , émanant de l’Inspection d’Académie et adressé au maire de la commune voisine …vu le nombre d’élèves insuffisant, l’école sera fermée…..Les trois maisons du hameau aussi étaient fermées , elles devaient se réveiller pour les vacances et retentir à nouveau de bruits joyeux et de cris d’enfants, mais là, pour le moment, c’était la désolation totale. Comment étais-je arrivé dans ce cul de sac du temps arrêté ? Je ne le savais pas et je suis toujours incapable de situer ce hameau hors du temps et de l’espace .
            A l’époque , au début des années soixante, ma femme logeait avec les enfants dans un village du Tarn, sur les contreforts des Monts de Lacaune, moi je travaillais au Sahara et venait en France toutes les trois semaines . Mon premier désir en arrivant , était d’aller voir et sentir de près les bois, les champs, les prés , après avoir eu pour horizon , pendant des semaines,  des cailloux et des dunes. Ce jour là, ça devait être en février, il avait un peu neigé et fortement gelé, je m’étais bien couvert , gros pull de laine , blouson, pantalon de velours, grosses chaussures, bonnet enfoncé jusqu’aux oreilles , j’étais sorti de la maison par la porte de derrière qui donnait directement sur un chemin qui partait  au milieu des prés. J’ai franchi une première haie, à chaque pas , l’herbe gelée crissait sous mes pieds, il gelait à pierre fendre, mais il faisait bon marcher car il n’y avait pas le moindre souffle de vent , l’air était d’ailleurs étrangement calme , le silence régnait sur toutes les vallées environnantes, les animaux étaient restés dans les étables, les chiens devaient roupiller au chaud dans les maisons, le seul mouvement était apporté par quelques longues fumées verticales qui montaient de lointaines cheminées de fermes. J’ai franchi plusieurs vallons, marché dans des ruisseaux entièrement gelé , gravi des pentes sous des chênes dépouillés de leurs feuilles, un moment le long d’un chemin bordé de rochers de longues stalactites de glace irisée pendaient le long des veines en surplomb.

          Et puis au débouché d’un chemin , sur un petit plateau , trois maisons , une école …….