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21/06/2006

CONFITURES

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Il faisait chaud, très chaud, les persiennes de bois étaient fermées et à travers leurs fentes, le soleil tapissait le mur de rayures dorées. Une mouche, désespérée, à moitié collée sur le long ruban gommé qui pendait du plafond, faisait entendre les vibrations enragées de son agonie.

 

Il faisait d’autant plus chaud que la grande cuisinière de fonte était allumée, cela aurait pu surprendre des visiteurs en plein mois d’août, mais la raison en était toute simple : c’était une belle journée d’été consacrée aux confitures de prunes Reine-Claude !

 

Ah les Reine-Claude du jardin familial, c’était des merveilles de goût, de parfum, de miel, bien charnues, mûres à point, elles fondaient dans la bouche et nous enivraient de plaisir

 

Pour les confitures c’était ma mère la patronne, et elle n’autorisait la cueillette que lorsque les fruits étaient parfaitement murs,  lorsque les plus avancées commençaient à éclater sous la poussée de la pulpe : toute la famille était réquisitionnée et la veille de bon matin nous partions en expédition . Une partie des pruniers se trouvait dans le jardin prés de la maison, l’autre partie se trouvait dans un verger à une petite heure de marche, au milieu des champs de blé. Mon père poussait une brouette chargée de cageots vides et de cueilloirs, mon frère et moi tirions une charrette à deux roues ou étaient posées deux échelles, ma mère surveillait les équipages, et portait le cabas avec le casse-croûte de midi. C’était une journée de bonheur, nous avions chaud, on cueillait tranquillement les prunes qui étaient stockées dans les cageots, mon père nous racontait des histoires abracadabrantes et nous avions des crises de fou rire, vers midi on s’asseyait à l’ombre pour manger un œuf dur et du pain, puis on s’étendait dans l’herbe pour une sieste bien méritée ! Dans la soirée, on chargeait la récolte sur les deux véhicules, on calait tant bien que mal les échelles et l’on rentrait à la maison, fourbus mais contents de nous, les cageots étaient empilés dans le cellier ou nous suivaient quelques guêpes enivrées par les sucs.

 

Le soir, ma mère veillait tard car elle lavait soigneusement tous ses pots, tous plus ou moins différents car récupérés au fil des années. Dans le long sous-sol qui servait de cuisine d’été, elle étalait un vieux drap blanc sur une grande table, et alignait ses pots qu’elle recouvrait de torchons. Sur une petite table elle préparait ses feuilles de «  cellophane » carrées, un petit récipient et une éponge, sa réserve d’élastiques, une grande louche et quelques chiffons très propres.

 

Dés le matin du jour « J », mon cousin Roger et moi étions désignés comme volontaires pour le dénoyautage des prunes, nous passions une bonne partie de la matinée et le début de l’après midi à ouvrir les beaux fruits en deux, à en retirer les noyaux et à remplir des bassines. De temps en temps ma mère nous rappelait à l’ordre car les jeux et les dissipations de cet age tendre ne cessaient pas avec le travail, et il arrivait que quelques noyaux se retrouvent dans les fruits… quelques mois plus tard, un soir d’hiver, en dégustant les délicieuses confitures, certaines réactions étaient assez bruyantes, en particulier sur les risques de casse des « dentiers » !  Dés qu’une quantité suffisante de fruits était prête, ma mère les versait dans une belle bassine à confiture en cuivre, ou elle avait préparé un sirop concentré de sucre, et la cuisson commençait doucement… Au fil des heures, la chaleur dégagée par la cuisinière s’ajoutant à la canicule estivale, nous prenions des pommettes rouges  et la sueur nous perlait sous les cheveux.

 

 

Quand la première cuisson arrivait à terme, ma mère grattait le pourtour bordant la confiture et nous offrait le nectar dans une soucoupe en ajoutant un peu de mousse affleurant la partie supérieure de la marmelade, c’était notre récompense … Qui n’a pas goûté cette merveille de finesse et de parfum ne peut pas se prétendre épicurien… épicurien dans le vrai sens du terme : la jouissance immédiate, aisée, facile de toutes les choses simples qui nous sont offertes par la nature. Puis elle transportait, avec force précautions, la bassine prés des pots préparés la veille, en confiant la deuxième « fournée » à la grand-mère. Elle nettoyait une dernière fois tous ses ustensiles et commençait à remplir graduellement ses pots avec une grande louche, en alternant les fruits presque confits et la marmelade, essuyant les coulures éventuelles avec une petite éponge. La cérémonie du transport de la bassine et du remplissage des pots se renouvelait trois ou quatre fois dans l’après-midi jusqu’au moment ou toutes les tables étaient couvertes de pots bien remplis et prêts à être recouverts de la fameuse pellicule de cellophane.

 

Nous, les gamins, notre mission accomplie, aurions pu filer jouer ou nous balader, mais nous restions là, dans la pénombre, un peu enivrés par la multitude d’odeurs caractéristiques de la cuisson des prunes Reine-Claude, et fascinés par la dextérité de ma mère remplissant les pots calmement et régulièrement. Vers seize heures, à l’heure de « goûter » ma mère faisait griller quelques tranches de gros pain et nous avions l’honneur de goûter les confitures nouvelles.

 

 

C’étaient des journées de bonheur, un peu en dehors du temps et du monde ou se déroulaient des événements sanglants et désastreux, ou même devant notre porte passaient et repassaient des soldats de l’armée d’occupation de la Wehrmacht , les seuls bruits nous atteignant étant les glouglous de la confiture bouillonnante, le tic-tac de la vieille pendule à balancier et les rires d’ enfants parvenant étouffés aux adultes car protégés par le voile d’Alice au Pays des Merveilles.

 

                                Confitures à l'ancienne

14/05/2006

Bécassine LE RETOUR

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DIAPORAMA BECASSINE ( un peu de patience...)

16:09 Publié dans Nostalgie | Lien permanent | Commentaires (0)

09/05/2006

Grand-Père Noël

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          Le grand-père Noël est né à Curregio, un petit village du Piémont italien en 1872, région ou sévissait alors une grande misère et presque la famine pendant certaines périodes. Vers 1910 toute la tribu se réunit autour de l’aïeul et décida d’émigrer afin de trouver de quoi se nourrir et élever correctement les très nombreux enfants. L’arrière grand-père et l’arrière grand mère se gardèrent une petite maison, tous les biens furent vendus, terres, bétails, vignes, les sept groupes familiaux tirèrent au sort une destination et le pécule fut distribué en fonction du prix du voyage. Les uns partirent en Australie, les autres en Argentine ou aux Etats-Unis, un autre groupe en Allemagne, le grand-père Noël et la grand-mère Camille se retrouvèrent ainsi avec leurs quatre enfants dont l’aîné avait dix ans, dans le Nord de la France. Le grand-père, grand et costaud, pas avare d’efforts, trouva rapidement un boulot de poseurs de rails. Il devint vite chef d’équipe et pour arrondir les fins de mois demanda à la grand-mère de faire la cantinière pour nourrir l’équipe de poseurs.
De chantier en chantier de constructions de lignes de chemin de fer, ils habitèrent dans différentes régions de France, jusqu’au jour, vers 1925 ou  Noël passa sous un wagonnet, il resta de nombreux mois à l’hôpital et en ressortit handicapé et inapte au travail.
Quand je l’ai connu il vivotait de sa petite pension, élevait des lapins, faisait son jardin et ….fumait sa pipe. Fumer sa pipe était son seul luxe, il en fumait trois ou quatre par jour en les faisant durer le plus longtemps possible, pour les fêtes il se permettait un cigare barreau de chaise qui empestait la maison.
Avec le recul du temps je me rends compte que mes grands parents vivaient dans une extrême pauvreté, souvent j’ai vu le grand-père dîner d’une tranche de gros pain sur laquelle il étalait un peu de saindoux salé et poivré, et d’un gros ognon qu’il découpait en lamelles, le tout arrosé d’un peu de vin coupé d’eau. Les traditions italo-méditerranéennes les ayant beaucoup marqués, Noël et Camille se vouvoyèrent jusqu’à leur mort survenue à plus de quatre-vingts ans, souvent j’ai vu la grand-mère manger sa soupe, debout prés du poêle, pendant que le grand-père dînait seul à  table.

Comme la plupart des immigrés, le grand-père Noël a rêvé de pouvoir retourner dans son Piémont natal, je crois qu’il y est allé une fois, seul, pour assister à un enterrement, il n’ a jamais revu son pays avant sa mort, l’envie ne lui manquait pas de partir, mais il aurait sûrement aimé pouvoir montrer une certaine aisance matérielle et sa situation financière ne le lui permettait pas.

                                     Les Ritals

 

 

16:25 Publié dans Nostalgie | Lien permanent | Commentaires (0)