24.01.2010

VIEILLESSE

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Vieillesse…

 

 

On peut dire tout ce que l’on veut de la vieillesse, mais ça vaut mieux que d’être mort… »

                                               Stephen Leakock

 

J’adore les définitions du Petit Larousse, les rédacteurs des définitions  sont dignes de Stephen Leacock : « Vieillesse » 1 /  Le fait pour un organisme d’être vieux… 2 / Le dernier âge de la vie… 3 / Ancienneté : la vieillesse améliore certains vins… Et la définition de « vieux » est à la limite de l’ostracisme : 1 / Avancé en âge : un vieil homme, une pauvre vieille, les vieilles gens… 2/ Mon vieux, ma vieille pour mon père, ma mère….   La seule position existentielle réconfortante serait de naître Saint-émilion  ou Gevrey-Chambertin… !!

 

La vision moderne de la vieillesse la plus bouleversante que j’ai jamais vu , sa décrépitude et son mode de traitement, c’est le film de Shohei Imamura «  La ballade de Narayama »… Tout y est réuni et exposé, la déchéance, la violence, l’amour, le sacrifice, la tendresse, la beauté, la souffrance…. Tout ce qui fait l’ordinaire des êtres humains vieillissants, partout dans le monde…

 

Au moment ou j’écris ces lignes, je vois poindre, dans quelques jours, l’espèce de barrière fatidique préconisée par les manuels de gérontologie, pour placer le curseur « vieillesse » : soixante-quinze ans…. Et je m’étonne chaque jour d’être encore en vie, malgré la douzaine d’occasions ou j’aurais du mourir de mort violente, et le fait que mon organisme, du haut jusqu’en bas, ne soit atteint d’aucunes lacunes dégénératives ou invalidantes, bien que je n’ai pas mené une vie très sage… Hérédité… chance… don de la nature… je penche plutôt pour une grâce divine… Quoiqu’en dise les «  spécialistes », les « nutritionnistes », et tous les « istes patentés supposés améliorer la race humaine », il y a bien là, une espèce de loterie… et c’est bien mieux comme ça… !!

 

En ce début de XXI me siècle, en particulier dans les pays occidentaux riches, on voir apparaître une véritable faune de vieux et de vieilles complètement ravagés par la modernité et l’illusion du « jeunisme »… On ne dit plus d’ailleurs, des « vieux », mais il faut dire, avec un sourire en coin, comme les présentateurs de télévision, des «  seniors »… Mais il y a aussi la vieuserie  qui clopine, qui gémit, qui tousse, qui crachote, qui se fait charcuter, qui se chimiothérapise, … Et aussi les vieillards et vieillardes qui gueuletonnent, picolent, dansent, sortent, qui se grisent de voyages et de gadgets,  qui se bourrent de DHEA et de viagra, tout ça pour annihiler leur profond désespoir…  Il faut aller dans les pays dits sous-développés pour trouver encore des vieux et des  vieilles sereins et dignes,  conscients de vivre leurs derniers jours et en profitant pleinement… 

 

Les aléas de la vie font aussi que des individus, sans crier gare, basculent dans un autre univers, oublient ce qu’ils ont fait la veille,  ne savent plus ou ils sont, et petit à petit ne reconnaissent plus leurs proches… pas la peine de préciser le vocable médical pour savoir de quoi il s’agit…

 

 

 

Quand un être cher

Côtoyé depuis cinquante ans

S’en va…

Il est là pourtant

Mais il n’est pas là…

Son corps est là, il bouge

Mais son âme s’est échappée…

OU… ?

 

                      Pour le partenaire, moi-même en l’occurrence, c’est presque aborder l’univers de la métamorphose de Kafka, on a beau essayer de comprendre, de faire des rapprochements, des analogies entre ce que vous dit votre conjoint et des choses réelles, on ne peut pas se mettre à la portée de la personne que vous aimez et qui est passé dans un autre mode de pensée…. C’est une grande souffrance morale, incommensurable, permanente, et même si on offre cette souffrance à Dieu, en offrande pour la personne qui a basculé de l’autre côté du miroir, on reste dubitatif et interloqué….

 

               Seule Simone Weil m’a apporté un petit bout de réponse : « l’homme à qui pareille chose arrive, n’ a aucune part à cette opération . Il se débat comme un papillon épinglé vivant… Mais il peut, à travers le malheur, continuer à vouloir aimer… »    ( Simone Weil « Attente de Dieu » )

 

               On est assez loin de la barbe fleurie de Charlemagne…, et de la représentation idyllique du pépé fumant sa pipe dans son fauteuil, à côté de la mémé béate tricotant des chaussettes,   et entourés d’une nuée de bambins et d’enfants d’une sagesse exemplaire…. Ce qui est plus courant en ce début de XXI me siècle , c’est le fameux « papi » perplexe devant son ordinateur et demandant des conseils à ses petits enfants….

 

               L’avant dernière étape avant l’ultime et parfaite solution de la disparition corps et biens…, n’est pas toujours facile, mais comme pour les précédentes étapes de la vie, il faut absolument s’adapter aux circonstances, et la providence fait le reste…

 

« Ivan Illitch aspira une bouffée d’air, s’arrêta à mi-souffle, étira ses membres et mourut. »

                                   Léon Tolstoï « La mort d’Ivan Illitch »

Commentaires

bonjour Maurice.

Il serait présomptueux pour moi de mettre un commentaire. Alors seuelemnt je dirai "continuer à vouloir aimer".

Dominique

Écrit par : papydompointcom | 27.01.2010

Bonjour Maurice, ta note et surtout la photo sont particulièrement émouvantes. J'imagine à quel point il doit être dur de voir sa compagne perdre toute notion du réel. J'espère que tu as du soutien autour de toi. Je t'adresse toute mon amitié.

Écrit par : tinou | 19.02.2010

bonjour Maurice,

en passant, entre deux élagages d'arbres...

Dominique

Écrit par : papydompointcom | 22.02.2010

Merci chère Tinou, c'est en effet, une situation existencielle trés difficile, assez épuisante, et sans recours, car l'arrogante médecine moderne est totalement démunie et impuissante...
C'est un mystère, assez surréaliste, car la personne atteinte ne se rend pas trop compte de ce qui se passe...
Je ne sortirais pas indemne de cette expérience... ?

Écrit par : maudub | 23.02.2010


J'ai été jeune longtemps, si longtemps que c'était un calvaire. N'ayant de cette jeunesse que beaucoup de ses inconvénients et si peu de ses avantages.
Quel que soit mon âge à présent, je me récite en exultant ces vers de Baudelaire, tirés de son poème "Recueillement" :

Silence, ô ma Douleur, et tiens toi donc tranquille.
Tu réclamais le Soir ? Il descend ! Le voici !
Une atmosphère obscure enveloppe la ville
portant aux uns la Paix, aux autres, le souci..."

La vieillesse est une grâce car elle propose la Mort pour solde de tous comptes

Non décidément je n'ai pas su aimer cette vie. Hou ! La mauvaise chrétienne qui zappe la troisième vertu théologale : la joie de vivre ... Amitiés

Écrit par : amnesy | 12.04.2010

Bonjour Maurice. Merci de ta visite et de m’avoir laissé dans ton commentaire un lien qui me permet de débarquer dans te réalité et d’en être très touché.

Tu écris que ma poésie m’aide beaucoup mais qu’il y a des situations inextricables et tu en subis une épouvantable au quotidien. Elle te désarme et te blesse d’évidence et qui je peux le lire en filigrane te dépouille de beaucoup de tes forces. Un corps sans âme, sans partage, un être aimé qui s’est absenté de son histoire je sais que c’est une souffrance indicible.

J’ai aimé passionnément et instinctivement mes deux enfants. Nous avons eu une relation formidable, normale, légitime et porteuse de beaucoup de bonheur et de complicité partagés avant que chacune à l’âge de 26 ans, elles ont quatre ans de différence, décide de me rejeter brutalement de sa vie de femme adulte et de m’interdire d’y rester leur père.

J’ai fait depuis douze ans et huit ans un double deuil absurde et douloureux car mes filles sont vivantes mais si définitivement absentes de ma vie. Divorcé de leur mère depuis plus de trente ans, aucune famille ne me relie à elles et je ne sais absolument rien d’elles, de leur vie, de leur famille, si elles en ont une, de leurs joies et de leurs peines…

Elles n’existent plus que dans mes souvenirs, de père, par milliers les concernant et aussi dans ceux des personnes qui à Metz nous ont connu dans notre relation et grâce auxquelles je sais n’avoir jamais démérité en tant que père.

Oui, la poésie m’aide mais sans jamais effacer de ma réflexion cette situation inextricable à laquelle je me suis habitué car je considère ne pas avoir le droit de m’empêcher de vivre et d’être même redevenu heureux dans cette vie après elles, sans elles. Cette rupture : c’est leur choix…

Je te souhaite tout le courage et les forces qui te sont nécessaires pour traverser cette épreuve et d’y être soutenu par ceux avec qui tu partages amour et présence. @mitié de Metz, Marc.

Mon « combat » n’est plus qu’intime et il est adouci par le temps, il est devenu secret je n’ai plus besoin de le partager avec personne.

Je peux reconnaître que je ne suis pas confronté en permanence à une situation comme la tienne et sans échéance… autre que celle dont tu parles avec beaucoup d’humanité et d’amour.

Écrit par : Marc de Metz | 23.10.2010

... [On est assez loin de la barbe fleurie de Charlemagne…, et de la représentation idyllique du pépé fumant sa pipe dans son fauteuil, à côté de la mémé béate tricotant des chaussettes, et entourés d’une nuée de bambins et d’enfants d’une sagesse exemplaire…. Ce qui est plus courant en ce début de XXI me siècle , c’est le fameux « papi » perplexe devant son ordinateur et demandant des conseils à ses petits enfants….]

J'ai vraiment ri franchement à ce merveilleux paragraphe !
Et, non, le curseur n'est pas encore arrivé.
Il s'en faut encore de deux années si l'on en croit le journal des jeunes de 7 ans à 77 ans. Voilà vous avez encore deux ans pour réviser vos Hergé !
Amitiés de "née en 53"

Écrit par : amnesy | 31.12.2010

Pas facile de suivre les pérégrinations .... post-mortem... d' amnesy...!! Ou alors c'est de la poèsie intégrale...?

De toutes façons , on ne sait jamais rien... à sept ans ( l'âge de raison... ), à 77 ans seil de la débilité...ou à 97 ans... seuil du nirvana...!! On en est au même point...

Merci du commentaire et Bonne Année 2011...

Écrit par : maudub | 31.12.2010

Je vous souhaite bon courage Maurice. Amicalement

Écrit par : Caboamnope - Les Chats du Bocage | 05.03.2011

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