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01/03/2009

APPEL SPIRITUEL

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être autre

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Vers l’inconnaissance de soi

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Selon Kierkegaard, le «  chevalier » de l’intériorité apparaît aux hommes ( les autres, la multitude ) comme un être inutile, voir dangereux..

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L’entourage proche de ceux qui vivent une vie intérieure intense, profonde, totale, et qui ne peuvent pas  partager du tout cette intériorité, pour toutes sortes de raisons, considèrent souvent cet élément comme un fou, un marginal, un hypocrite, et pour le moins un anormal…. Et plus cet individu progresse dans la connaissance de lui-même, plus il avance dans le chemin ardu de l’intériorité, plus il est rejeté par cet entourage… et au delà même par l’ensemble du corpus terre à terre de la société qui l’entoure…  Le célèbre conte d’Andersen « Le vilain petit canard », vieux comme le monde, se répète inlassablement, quelque soit le niveau matériel et intellectuel atteint par une société….

Pour la plupart des gens, tous ceux qui ont l’apparence d’êtres humains un peu déphasés et pensifs, appartiennent forcément à un genre de confrérie religieuse plus ou moins fondamentaliste, allant du jésuite pernicieux  au frère musulman, en passant par les adeptes du vaudou, les moines zen, les juifs nattés et entêtés et les popes tonitruants… Pourtant, il me semble qu’il n’en est rien, tous les grands mystiques de l’histoire, les très grands, les vrais, ont toujours été des êtres extrêmement tolérants et bons à l’égard de leurs semblables, quelque soient leur confession religieuse ou philosophique ( Ibn Arabi , Hildegarde, Martin de Tours, Maimonide, François d’Assise, Omar Khayyâm, Bouddha, Rumi, Thérèse de Lisieux, Simone Weil )  … A un certain niveau de connaissance intérieure, tous les « appelés », les « libérés », les « éveillés », les « ravis », les  « illuminés »…., appelons ça comme on veut, ça n’a aucune importance, savent très bien que tous les êtres humains se trouvent sur la même échelle spirituelle, quelque soit leur religion, leur niveau d’instruction ou social, leur hiérarchie politique ou cléricale…., leur vie transcendantale ne sera validée que sur ce qu’ils ont vraiment dans leur cœur…

Le chercheur spirituel, celui qui, un jour, n’importe ou et n’importe comment, a perçu «  l ‘appel » , appel de la déité ou appel intérieur, il ne sait pas, est-ce une mise en communication directe avec les énergies de la création ou un remue-ménage génétique ancestral refaisant surface… c’est un mystère inexprimable… ? Mais qu’il le veuille ou non, qu’il l’accepte ou non, l’appelé est littéralement enjôlé pour le reste de ses jours, quoique qu’il fasse, quoique qu’il veuille, quoique qu’il décide, l’homme « appelé » ne redeviendra jamais comme avant… Pendant toute son existence terrestre son esprit sera perpétuellement tendu vers la recherche de la transcendance, de la communication divine, de l’élévation de l’esprit vers le fourmillement atomique de tout ce qui est créé, vers un certain anéantissement de sa volonté propre, et par inadvertance aussi, il va se trouver obligé d’entendre murmurer les âmes de tous ceux qu’ils croisent, murmures heureux quelquefois, mais souvent, trop souvent, murmures méchants, vindicatifs ou terrifiants.

Pendant une grande partie de son existence ,  l’homme intérieur n’ a pas tellement conscience de son état par rapport aux autres, il a pourtant beaucoup de mal à s’intégrer dans un milieu professionnel ou social, il fait des efforts pour être comme tout le monde, mais il y a toujours un moment ou il  est rejeté pour des raisons qu’il ne comprend pas…, cela reste une grande souffrance pour lui…. Il lui faut quelquefois vingt ans, trente ans ou plus même pour entrevoir sa condition « d’éveillé » tout à fait propice à « éveiller » chez les autres êtres la suspicion, la jalousie, et « l’éveil » immémorial de la vengeance en le désignant comme le bouc émissaire de tout ce qui peut arriver… Et puis un jour, après d’innombrables tribulations, le constat est clair : il n’a rien à faire dans les affaires des hommes, il s’y comporte involontairement comme un chien dans un jeu de quilles, il doit donc s’en retirer….  Se trouver un désert ou il peut vivre simplement, en étant une espèce d’interface avec le monde divin :  être presque intégré et incorporé à toute la création, se sentir en osmose permanente avec le monde vivant, le monde végétal, le monde minéral…. La souffrance permanente et diffuse qui caractérise l’état d’un « appelé » vient certainement du l’existence involontaire du total anachronisme de perception des choses, des événements et des êtres, par rapport à la perception de la multitude des vivants…qui n’ont souvent pas de pensées propres, mais agissent par analogie et mimétisme avec la mode médiatique en cours… L’appelé, lui, imagine et pense tout par lui-même, et de ce fait tout ce qui se passe sur notre planète lui apparaît comme relatif, provisoire, un peu selon la théorie bouddhiste de l’impermanence karmique, mais non pas comme si rien n’existe réellement, mais comme si tout était animé par un esprit supérieur et charitable… 

La tendance naturelle d’une  très grande majorité d’êtres humains est de regarder devant soi,  à côté de soi, ou derrière soi, et de s’en tenir là…. , le chercheur spirituel, le pauvre, ayant toujours son esprit replié vers l’intérieur infini, ne peut prendre conscience de ce qui l’entoure que par un espèce d’aller-retour vibratoire de ses cellules avec les cellules constituants son environnement…. Tout cela, bien entendu, va paraître complètement farfelu à tous les quidams occidentaux formatés par la logique cartésienne de l’enseignement public et des médias affairistes de tous poils… , ça le paraîtra beaucoup moins à la plupart des orientaux, vivant en permanence dans une atmosphère liée au sacré dans les gestes les plus quotidiens et ordinaires…

L’immense différence ou l’immense tare qui caractérise « l’initié » du reste de ses semblables, est sa perte, ou son ignorance de la notion de « temps »…. Indéniablement l’être biologique du chercheur spirituel subit des mutations internes bizarroïdes… son métabolisme n’est plus tellement en accord avec les normes médicales modernes, et souvent les docteurs en médecine écarquillent les yeux sur les résultats fort dissemblables d’un examen de labo à un autre… Le pauvre   « bonhomme libéré » ne s’explique pas non plus que son existence de terrien a plus à voir avec l’éternité qu’avec la répartition ubuesque des horloges et des repères de temps minutant chaque pas de l’existence sociale… !! Quand le temps, invention imaginaire inexorable des petits hommes, petit à petit, abandonne l’illuminé,  celui-ci se sent aussi, petit à petit, abandonné de son entourage familial, social, sociétal, professionnel, géographique même, toutes entités et activités entièrement basées sur le temps…. , à partir du moment ou le nouveau né sort du ventre de sa mère, l’infernal « TEMPS » commence à égrener ses secondes…jusqu’à la dernière… !!

Cette échappée du temps, tout à fait incongrue dans l’imaginaire bassement matérialiste des terriens, qui ne peuvent imaginer ce concept que sous la forme de « science-fiction », provoque chez l’appelé une espèce de transfiguration, intermittente au début, puis presque constante à mesure que le mode de conscience du récipiendaire devient totalement spiritualisé et se meut presque constamment en osmose avec la création…. Pour tenter d’imager cet  ectoplasme ayant forme humaine, l’initié, dont la montre mécanique s’est arrêtée, marche dans le monde un peu comme Jésus marchant sur les eaux….  Ce chevalier du  « temps perdu » avance sur la terre en zigzaguant, presque en lévitation, ne sachant jamais trop si les autres le voient vraiment…. !!

Ainsi va le  « ravi » dans ce monde agité et pervers, ou règne encore la barbarie la plus  féroce, mille fois plus féroce qu’au temps des dits « barbares », car en ce début de XXI me siècle, les tueurs ont tous faits des études supérieures et savent utiliser des moyens de destructions sophistiqués, puissants et  abominables… L’éveillé voit tout cela, comme il voit aussi tout ce qui se fait de bien, mais sa perception des choses fait que ce qu’il emmagasine est métamorphosé, ses cellules désintéressées  ne retiennent  que la substantialité de tout ce qui se passe, et il sait, du terme « savoir » et du verbe « savoir »,   que tout les événements de la terre ne seront que des poussières dans la transcendance des esprits… Sa perception exacerbée et émotive des paroles qui parcourent le monde en tous sens, par l’omniprésence de la fameuse « communication industrielle », lui donnent des frissons horrifiés, en particulier par le niveau de veulerie et de méchanceté atteint par les médias télévisuels et informatiques… mais là aussi, il sait qu’il n’y a rien à faire, les idées développées par la mode passeront et ne pèseront pas lourd dans la balance finale des âmes…  Teilhard de Chardin prophétisait la terre entourée d’une ceinture spirituelle dite noosphère, qui permettait un échange immédiat et simultané entre les esprits humains et la puissance de la Déité suprême…., aujourd’hui, la terre semble plutôt enserrée dans un filet esclavagiste médiatique… Mais ce sont les affaires des hommes ordinaires…

Après avoir accepté l’appel originel, « l’appelé », au fil des années et au prix de multiples souffrances, parvient à une espèce de « décréation », il se vide petit à petit de toute la charge psychique de ses gênes ancestraux et des poncifs torturant de la société, son âme se purifie, se dépouille, il remet sa volonté propre dans la main de Dieu, il n’a plus aucun effort à faire pour se sentir en parfaite homogénéité avec l’Univers et le Créateur… Chaque être humain, au moins une fois dans sa vie, est resté béat d’admiration devant  le spectacle de la beauté, devant le miracle de l’aurore, devant la majesté d’un sommet neigeux, en écoutant le chant d’un rossignol, ou anéanti de bonheur par l’intime compénétration de l’extase amoureuse…, mais une fois seulement…, l’éveillé, lui, reste en communion avec le mystère entrevu et intraduisible de la lumière éblouissante de l’osmose universelle du vivant, du végétal et du minéral…. Il a été introduit dans une dimension spatio-temporelle évanescente… ou a beauté et l’amour sont installés à demeure…

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Ou que je tourne la tête

J’envisage l’immense octave de la Création

Le monde s’ouvre et, si large qu’en soit

L’empan, mon regard le traverse d’un bout à l’autre…

…d’un bout du monde jusqu’à l’autre…

J’ai tendu l’immense retz de ma connaissance.

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Paul Claudel «  Cinq Grandes Odes »

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    

 

 

Commentaires

Dites : je suis "ravi" que vous soyez ainsi venu pousser votre enquête jusque dans mon entourage (oui, oui : un de ceux qui ont beaucoup, beaucoup de mal à partager l'intériorité...).
Mais la prochaine fois, annoncez-vous : nous prendrons l'apéro !
À moins que la "décréation" soit trop avancée pour boire, évidemment...

Écrit par : Michel | 05/03/2009

Quelle justesse dans ce portrait: du vécu ! sinon impossible ?
je suis passée du rire aux larmes, et puis au rire encore......
magnifique blog, je reviendrai , promis !!!

Écrit par : monique | 23/03/2009

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