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13/01/2008

SOUFFRANCE et MALHEUR

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( Le Bernin Piéta )

L’amour de Dieu et le malheur

  Dans le domaine de la souffrance, le malheur est une chose à part, spécifique, irréductible. Il est tout autre chose que la simple souffrance. Il s’empare de l’âme et la marque, jusqu’au fond, d’une marque qui n’appartient qu’à lui, la marque de l’esclavage…. 

  Le malheur est un déracinement de la vie, un équivalent plus ou moins atténué de la mort, rendu irrésistiblement présent à l’âme par l’atteinte ou l’appréhension immédiate de la douleur physique…..

  Il n’y a vraiment malheur que si l’événement qui a saisi une vie et l’a déracinée l’atteint directement ou indirectement dans toutes ses parties sociales , psychologiques, physiques. Le facteur social est essentiel. Il n’y a pas vraiment malheur là ou il n’y a pas sous une forme quelconque déchéance sociale ou appréhension d’une telle déchéance….. 

  Quand on frappe avec un marteau sur un clou, le choc reçu par la large tête du clou passe tout entier dans la pointe, sans que rien s’en perde, quoiqu’elle ne soit qu’un point. Si le marteau et la tête du clou étaient infiniment grands, tout se passerait encore de même. La pointe du clou transmettrait au point sur lequel elle est appliquée ce choc infini. L’extrême malheur, qui est à la fois, douleur physique, détresse de l’âme et dégradation sociale, constitue ce clou. La pointe est appliquée au centre même de l’âme. La tête du clou est toute la nécessité éparse à travers la totalité de l’espace et du temps…..

      L’être humain à qui pareille chose arrive n’a aucune part à cette opération . Il se débat comme un papillon qu’on épingle vivant sur un album. Mais il peut à travers l’horreur continuer à vouloir aimer. Il n’y a à cela aucune impossibilité, aucun obstacle, on pourrait presque dire aucune difficulté. Car la douleur la plus grande, tant qu’elle est en deçà de l’évanouissement, ne touche pas à ce point de l’âme qui consent à une bonne orientation.

Il faut seulement savoir que l’amour est une orientation et non pas un état d’âme. Si on l’ignore, on tombe dans le désespoir dés la première atteinte du malheur….

  Par dessus l’infinité de l’espace et du temps, l’amour infiniment plus infini de Dieu vient nous saisir. Il vient à son heure. Nous avons le pouvoir de consentir à l’accueillir ou de  refuser. Si nous restons sourds il revient et revient encore comme un mendiant, mais aussi comme un mendiant, un jour ne revient plus. Si un jour nous consentons , Dieu met en nous une petite graine et s’en va….

( Extraits de «  Attente de Dieu » de Simone Weil )

 

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Commentaires

Trés beau texte de Simone Weil. Pas de mots pour ce partage, je me sens alors comme ce papillon épinglé vivant sur le cadre noir. En attente...

Écrit par : Claude | 16/01/2008

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