Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08/12/2005

Enterrement 1re Classe

Dernière Extrémité

 

                                

Comment, en quelques décennies, a-t-on pu arriver, en France, à célébrer ces obsèques/barnum, qui ressemblent plus à une caravane de cirque, qu’à la célébration digne de la mise en terre d’un être humain ?


La première cause, comme celle de beaucoup de nos malheurs contemporains, c’est la disparition presque totale du caractère sacré des êtres humains, et de la création en général : pourquoi accorderait-on plus de respect à la dépouille d’un homme, qu’à celle d’un veau ou d’une automobile ? La deuxième cause est l’accaparement par le monde économique de «  l’activité obsèques », la mort, puis l’enterrement d’un homme sont devenus un boulot comme un autre, objet d’un espèce de spectacle burlesque pour la galerie et de juteux profits pour les actionnaires… Aujourd’hui, pour enterrer à peu prés dignement une personne, il faut débourser la valeur de quatre ou cinq SMIC, c’est énorme pour des petits budgets, dans dix ans il faudra peut-être dix SMIC….  Alors les pauvres ne pourront plus être enterrés correctement, faudra-t-il les ramasser avec la benne à ordures municipale ?
 
Et tout ce cinéma mercantile autour de la mort …. Les cercueils à poignées en or ; les coussins en soie ; la croix en argent ; les couronnes et autres décorums fleuris, mais qu’est-ce que le macchabée qui est dans la boite en a à foutre de toute cette mascarade ? Pourtant, la mort d’un être vivant, il n’y a rien de plus naturel, depuis des millénaires des hommes naissent, vivent, puis meurent tout naturellement : le passage de la vie à la mort est toujours une épreuve, pour celui qui s’en va et pour ses proches, mais la vie continue et prend toujours le dessus.
 
Ce qui est paradoxal, c’est que d’un côté on considère la mort comme quelque chose de sale, d’insupportable, de scandaleux, on en arriverait presque à vouloir faire croire que non, personne n’est mort dans la famille, c’est rien, y a rien à voir…. Et d’un autre côté, peut-être par repentir, on veut le plus grand spectacle mortuaire possible : comme dans toute la vie moderne, il faut épater la galerie….
 
Pourtant, il n’y a pas si longtemps, un demi-siècle en gros, j’ai participé dans mon village à des funérailles qui étaient réellement des accompagnements d’êtres humains à leur dernière demeure… Déjà, dans la soirée précédant les obsèques, la moitié des villageois participait plus ou moins à la veillée du mort, chacun était libre de parler du défunt, de prier ou de se taire, le principal était d’être là et d’offrir son soutien à la famille. La veillée du «  pauvre » Albert, dans le roman de Giono «  Les âmes fortes », a peut-être été inventée par l’auteur, mais c’est un modèle du genre. Un vieux canasson tirait un corbillard brinquebalant ou un cercueil à quatre sous enveloppait le trépassé, la moitié du village accompagnait le défunt dans son dernier voyage.  Quatre gars du village avaient soulevé le brancard et chargé la boite sur le corbillard…Le cortège avançait alors tranquillement dans la campagne, chacun en profitait pour réfléchir un peu à la brièveté de la vie….Souvent, ceux qui descendaient le cercueil dans le trou étaient des «  conscrits » du défunt, ou des voisins proches, le maire ou un volontaire disait quelques mots d’adieu tous simples, et la cérémonie était finie. Souvent les assistants restaient à bavarder de choses et d’autres, puis, en général, tout le monde passait à la maison endeuillée pour boire le pot d’adieu …
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

10:45 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.