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23/11/2005

L'Europe a faim

 

 
 
 
 
Dans une revue de 1945, le titre d’un article est «  l’Europe a faim », puis en sous-titre « Le monde peut-il nourrir l’Europe »….
 
En 2005, l’Europe regorge de nourriture, elle déborde de victuailles, elle enfle et se congestionne devant l’abondance de bouffe qui envahit les étalages, l’obésité devient un problème national…. La majorité des Européens a oublié la situation de 1945 ou ne le sait même pas, pourtant cela était vrai, un kg de pommes de terre valait son pesant d’or ; un saucisson était une petite fortune, il fallait encore faire la queue des heures et présenter ses tickets de rationnement pour obtenir une livre de plats de côte ou un quart de litre d’huile…..
 
Paradoxalement, les gens qui ont réussi à donner à manger à l’Europe, donc à la France, les paysans, sont aujourd’hui presque au banc de la société, et chaque année des milliers d’entre eux font faillite et abandonnent les exploitations…. Mais que s’est-il donc passé ? Dans le monde agricole comme ailleurs, la belle aventure de la productivité, qui avait commencé par un effort général pour le bien commun des français, a dégénéré en recherche d’intérêts financiers sordides pour le compte d’intérêts particuliers. La grande aventure du machinisme agricole et de l’apport de produits chimiques miraculeux, qui ont multiplié les rendements, et qui devait être le nouvel « âge d’or » de l’agriculture a complètement foiré de par les manipulations machiavéliques des centrales d’achat de la grande distribution.
 
De plus, en ce début de vingt-et-unième siècle, vient se greffer la fameuse mondialisation, qui permet aux multinationales d’affamer qui ils veulent, quand ils veulent, et d’imposer leurs prix aux producteurs, et l’arrivée de grands pays agricoles dans l’Europe des vingt cinq…Ne parlons même pas de la qualité des fruits et des légumes : qui n’a pas connu les années quarante ou cinquante, ou la plupart des produits étaient cultivés avec des adjuvants naturels et étaient récoltés en période de mûrissement, ne peut pas connaître le goût délicieux des légumes, la douceur sucrée d’une prune ou d’une pêche, le bonheur de goûter les premiers petits pois et les pommes de terre nouvelles. Tout ça, c’est terminé, et comme la plupart des gens s’en foutent et ne regardent que leur porte-monnaie, l’idée de vouloir revenir en arrière est une utopie totale, et de toute façon, pour avoir des produits agricoles de haute qualité, il faudrait que les Français retravaillent beaucoup plus : tous ceux qui ont vécu en autarcie alimentaire savent que cela demande un travail considérable, et à l’époque de la civilisation des loisirs, personne ne voudrait revenir en arrière.
 
Il y a pourtant, aujourd’hui, des individus qui prétendent vouloir revenir à des structures politiques et agricoles plus « humaines », plus prés des hommes, plus près de la région, du village, pratiquer l’agriculture « raisonnée », être plus « solidaire », mais ces individus ne se mouillent pas trop sur le terrain, sauf pour détruire des essais scientifiques de culture. Tous ces gens, plus ou moins regroupés dans la nébuleuse « écologie », en fait, ont trouvé un bon filon en organisant ce « bisness », ça fait rêver, ça rappelle l’âge d’or perdu, ça permet d’engranger des voix aux élections et de vivre aux frais des contribuables, tout en continuant à profiter des facilités de la vie moderne et de participer ainsi aux nuisances et à la pollution. Vouloir faire croire aux gens qu’il peut exister un pouvoir angélique est une fumisterie totale, depuis des millénaires l’histoire n’a jamais recensé ce genre de gouvernement, sauf pendant les soixante-dix ans de l’URSS ou le paradis promis s’est transformé en enfer : Machiavel est et reste le maître en politique.
 

Bizarrement les idéologies prônées,  par les écologistes ressemblent à s’y méprendre aux idéologies pétainistes du fameux « retour à la terre » , qui, en fait, n’étaient pas si idiotes que ça, et dénotaient, pour le moins, un véritable esprit de prophétie…. Mais toutes ces idéologies ne sont que des utopies : quand la masse des hommes prend une direction, qu’elle soit bonne ou mauvaise, il est impossible de revenir en arrière, la seule solution est trouver autre chose, et il faut faire confiance : dans les pires moments de l’histoire, les humains ont toujours trouvé des remèdes à leurs maux.

 

Ou alors, il faut s’en remettre au conteur/menteur génial que fut Giono et rêver avec lui d’une société bucolique parfaite :   « Viens, suis-moi. J’ai ici ma vigne et mon vin ; mes oliviers, et je vais surveiller l’huile moi-même au vieux moulin…   Tu as vu l’amour de mon chien ? Ca ne te fait pas réfléchir, ça ?… Viens, venez tous, il n’y aura de bonheur pour vous que le jour ou les grands arbres crèveront les rues, ou le poids des lianes fera crouler l’obélisque et courber la tour Eiffel ; ou devant les guichets du Louvre, on n’entendra plus que le léger bruit des cosses mûres qui s’ouvrent et des graines sauvages qui tombent ; le jour, ou, des cavernes du métro, des sangliers éblouis sortiront en tremblant de la queue. »  ( extrait de « Solitude de la pitié » )

09:40 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0)

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